actualite

Les étrennes, tradition symbolique et vivace

Saviez-vous que les étrennes traversent les époques depuis l’Empire romain, révélant dans leurs sillages personnalités étonnantes et époques contrastées ?

 

Une mystérieuse déesse romaine aux origines du mot « étrennes »

Il aurait existé à Rome un bois sacré dédié à la divinité Strena ou Strenia, discrète et mystérieuse déesse du Nouvel An, de la force et de la santé. Sous le règne de Tatius (-745 avant JC), roi des Sabins qui régna sur les Romains conjointement avec Romulus, les Romains avaient ainsi pour usage de se rendre chaque début d’année(1) au bois sacré y cueillir de la verveine qu’ils destinaient aux magistrats de la cité. Offerte en rameaux, cette plante précieuse, délicate et odorante, parée de nombreuses vertus pharmaceutiques, était apportée en présent aux figures de la justice en guise de souhait de bonne année. Strenae aurait été le nom donné à cette coutume, devenue étrennes.

 

Une tradition qui évolue, de présents symboliques en cadeaux précieux

Les rameaux de verveine ont par la suite été remplacés par des corbeilles de dattes, de figues et de miel, présages de douceur. La tradition est également étendue aux amis, à la famille à qui l’on souhaite de grands bonheurs, puis aux patrons(2) que l’on gratifie d’une pièce d’argent en supplément. A la différence des étrennes contemporaines que l’on adresse en signe de reconnaissance et de remerciements pour les services rendus, à Rome, les étrennes sont offertes aux figures de la ville.

 

Puis peu à peu, au cours des siècles, les étrennes s’éloignent de leur valeur symbolique d’origine pour laisser place à des dons de valeur numéraire, plus importants. De sorte que sous les rois de la République, les magistrats se voient gratifiés de médailles, de monnaie, et d’argent.

 

Etrennes fastueuses et collectives sous l’Empire d’Auguste

Sous l’Empire d’Auguste (-27 avant JC – 14 après JC), la tradition prend de l’ampleur. Toutes les magistratures étant réunies entre ses seules mains, l’Empereur reçoit l’intégralité des étrennes apportées par le peuple durant tout le mois de janvier. Ainsi les Romains se pressent devant sa demeure, chargés de pièces ou de bijoux précieux, quand bien même celui-ci se trouve hors de Rome. Du plus modeste au plus prestigieux, chaque Romain veut rendre hommage à son souverain. Pour l’Empereur Auguste qui fait de la simplicité de son mode de vie un principe politique, cette abondance de présents précieux en forme d’hommage pose question. Il ne veut pas risquer d’être accusé par les Romains de profiter de leurs biens autant qu’il n’est pas question de leur refuser les dons dont il est gratifié, sauf à les vexer. Il décide alors de faire l’acquisition de somptueuses statues de divinités qu’il place à différents endroits de la ville, permettant ainsi à chacun de profiter de l’agrément de son présent.

 

Etrennes oscillantes sous Tibère et Caligula

Deux règnes, deux influences.

 

Quand Tibère, deuxième empereur romain, accède au pouvoir, il se montre hostile à tout ce qui peut ressembler à un hommage chargé de sacré envers un chef d’Etat. Détestant par nature se trouver en contact avec le peuple, et abhorrant le gaspillage, la cérémonie des étrennes a tout pour lui déplaire. Dans un premier temps, il s’éloigne de Rome jusqu’à la fin de la période des présents. Puis, il décide de rendre au quadruple, sur ses deniers personnels et de sa propre main, tous les dons que lui font les Romains. Cette stratégie motive certains à augmenter le montant de leurs étrennes… Pour échapper à ce cercle non vertueux, et sans aller jusqu’à les interdire, Tibère en limite la durée au premier jour de l’année. Interdiction est faite de les prolonger.

 

Caligula, troisième Empereur de Rome, voit d’un œil plus que circonspect la tombée en désuétude d’une tradition si profitable. Pour mémoire, l’empereur Caligula était connu pour son rapport compulsif à l’argent. Ce dernier abolit l’édit de Tibère et annonce au peuple qu’il maintiendra sa résidence ouverte durant tout le mois de janvier afin d’y recevoir personnellement tous les présents dont les Romains souhaiteraient le gratifier à l’occasion des étrennes.

 

En France, une tradition résiliente

La première empreinte des étrennes en France remonte à l’époque des Celtes, avant même l’époque romaine. Point de rameaux de verveine ici mais plutôt du gui, que l’on s’offre comme un heureux présage. Dans certaines régions françaises, comme la Bretagne, la Picardie ou la Guyenne (ancienne Aquitaine), l’expression « Au gui l’an neuf ! » perdure encore aujourd’hui.

 

Au XVIème siècle, le christianisme cherche à imposer ses propres fêtes. Pour y parvenir, il convient de renoncer aux cérémonies héritées du calendrier païen. C’est ainsi que les étrennes sont interdites, sous peine d’encourir des châtiments ecclésiastiques. Interdites mais pas supprimées, elles durent et deviennent même, sous le règne de Louis XIV, un véritable enjeu social et stratégique.

 

Les historiens en rapportent ainsi des épisodes étonnants.

 

En 1665, Madame de Thianges, aristocrate, sœur aînée et confidente de Madame de Montespan, offre en guise d’étrennes à son neveu le duc du Maine Louis-Auguste de Bourbon, une chambre toute dorée dans laquelle un personnage de cire le représentant est attablé et autour duquel sont représentés les poètes les plus éminents de l’époque.

 

Quelques années plus tard, en 1679, Madame de Montespan est l’objet de toutes les attentions si bien que l’enjeu à la cour consiste à être celui ou celle qui offrira les plus jolies étrennes. Les étrennes vont ainsi bon train… jusqu’à la Révolution française. Considérant qu’il s’agit d’une forme de corruption, l’Assemblée nationale constituante décide, le 29 novembre 1789, de « supprimer les étrennes reçues par les agents de l’Etat.(3)»

 

Cette fois, les étrennes sont officiellement supprimées. Enfin, officiellement… car dans les faits, elles perdurent rituellement.

 

De nos jours, chaque année entre Noël et l’Epiphanie, à la période où les sapeurs-pompiers annoncent leur tournée de porte-à-porte pour la vente du traditionnel calendrier, l’usage consiste à remercier de leur travail certains professionnels (pompiers, éboueurs, concierges, assistantes maternelles, aides ménagères) et de les gratifier d’une petite somme d’argent, symbolique ou plus importante. A cette occasion, on s’échange quelques mots chaleureux et de doux vœux pour la nouvelle année.

 

 

1 A l’époque, l’année était constituée de dix mois et c’est le mois de mars, symbole de la reprise des travaux des champs et de la guerre qui l’inaugurait.
2 Dans La Rome antique, le patron, le plus souvent aristocrate, entretient une relation de clientèle avec une personne de rang moindre, généralement un homme libre désigné comme le client. A travers cette relation, patron et client se rendent des services mutuels. Le patron offre sa protection à ses clients, en contrepartie de laquelle ces derniers le soutiennent dans ses entreprises politiques et militaires. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Clientélisme_(Rome)

3 https://fr.wikipedia.org/wiki/étrennes

 

 

 

Plus d'articles

Contact