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Histoire des expressions françaises (volet 1/2)

La langue française, souvent considérée comme l’une des plus belles au monde, regorge de dictons populaires et d’expressions métaphoriques dont l’origine est parfois méconnue. Parmi les multiples formules, dont certaines remontent à la Rome antique, nombreuses sont celles ayant un lien direct à la possession de richesses, à la manière de se constituer des économies ou au contraire, de gaspiller sa fortune.

Promenade historique au cœur des expressions populaires, en deux volets.

 

Payer en espèces

L’expression « payer en espèces » est une formule toujours très vivace que l’on emploie au quotidien : nos supermarchés proposent des caisses dédiées aux règlements en espèces ; certains commerces requièrent un paiement en espèces pour les sommes inférieures à un montant minimum… les exemples et situations sont nombreux. Historiquement, la formule est héritée de l’expression « payer en épices ». En effet, au Moyen Age, les épices constituaient une marchandise rare et précieuse mais également facile à transporter, qui servait de monnaie d’échange. On pouvait ainsi payer en épices. D’année en année, « payer en épices » est devenu « payer en espèces ».

 

L’argent n’a pas d’odeur

La connotation relativement négative que revêt l’expression « l’argent n’a pas d’odeur » trouve son origine aux débuts de notre ère. Néron, alors empereur de Rome laisse les caisses de l’empire complétement vides à l’arrivée de son successeur, Vespasien. Ce dernier, bien décidé à remettre à flot l’économie de l’empire, imagine un certain nombre de taxes sur l’industrie et le commerce dont une dédiée à… la collecte de l’urine. A l’époque, pour accomplir leurs besoins naturels, les Romains n’avaient à leur disposition que de grandes cuves publiques. Si le contenu de ces cuves était extrêmement malodorant, il avait néanmoins pour avantage d’être très chargé en ammoniaque. Et, l’ammoniaque est un excellent nettoyant et désinfectant. Les teinturiers romains prirent ainsi l’habitude de venir y tremper tapis, laines et tissus pour les dégraisser, les blanchir et les préparer à la coloration.. Devant les moqueries auxquelles il dut faire face, l’empereur aurait alors déclaré « pecunia non olet », soit « l’argent n’a pas d’odeur ».

 

Vespasien règne sur l’empire romain à partir de l’an 70.

 

Se constituer un bas de laine

Si aujourd’hui la formule « se constituer un bas de laine » désigne « mettre un peu d’argent de côté », elle désignait, autrefois, un moyen de protéger ses économies des voleurs. Avant la révolution industrielle, et alors que les banques étaient réservées aux grandes fortunes, les Français les plus modestes ne pouvant pas prendre le risque de conserver leurs économies sur eux en permanence dans tous leurs déplacements, avaient ainsi pris pour habitude de protéger leur épargne à leur domicile en la cachant dans des bas de laine usagés. Rangés au fond des tiroirs, la modestie apparente de ces bas abîmés devait détourner l’attention d’éventuels cambrioleurs, qui, convaincus qu’il n’y avait rien à voler, passeraient rapidement leur chemin.

 

Les historiens attestent l’emploi de cette expression depuis le XIXe siècle.

 

Faire des économies de bouts de chandelles

L’expression « faire des économies de bouts de chandelles » revêt encore aujourd’hui un sens ironique. Elle souligne l’habitude qui consiste à consacrer bien trop de temps et d’énergie à faire des économies qui s’avèrent finalement assez insignifiantes sur le budget. Historiquement, au XVIIIe siècle et alors que l’électricité n’était pas encore chose commune, les bourgeois et nobles employaient du personnel de maison dédié aux tâches domestiques du foyer. Une grande partie de ces tâches consistait à prendre en charge l’éclairage des demeures qui dépendait de la seule lueur des chandelles en cire d’abeille, très coûteuse. Le personnel devait les disposer, les allumer, les remplacer quand la cire venait à manquer et les éteindre avant la nuit. Lorsque la bougie avait fini de brûler, les domestiques récupéraient pour eux les morceaux de cire froide solidifiée au lieu de les jeter. Au fil du temps, quand le nombre de bouts de chandelles ainsi récupérés était devenu important, ils s’employaient à les revendre aux ciriers pour en tirer quelques pièces de monnaie. Du point de vue de leurs employeurs, le profit généré par ce trafic était tout à fait dérisoire.

 

Jeter l’argent par les fenêtres

Formulation empreinte de jugement, « jeter l’argent par les fenêtres » signifie gaspiller son argent, dépenser sans compter. A l’origine, cette expression est la conséquence d’un défaut d’urbanisme.
Au Moyen-Age, alors que les grandes villes se développent et doivent accueillir rapidement de nouveaux habitants, la construction de logements se fait à la hâte, et sans réflexion autour de la question de l’évacuation des déchets. Dépourvus d’une solution de tout-à-l’égout, les occupants de ces nouveaux immeubles doivent jeter leurs ordures directement dans la rue. Nombre d’entre eux trouvant pertinent de ne pas s’embarrasser d’un trajet inutile, s’en débarrassent directement par les fenêtres. Le geste se généralise, rendant même risquée l’aventure de se trouver sous une fenêtre au mauvais moment… Pour bien comprendre le lien avec la dépense jugée inadaptée, il faut rappeler qu’à partir du XVIe siècle, on fait aumône aux mendiants mais aussi aux artistes de rue, troubadours et comédiens qui se produisent sous les fenêtres en leur jetant quelques pièces par la fenêtre. Or, du point de vue de l’opinion de l’époque, se départir d’une partie de son épargne pour la jeter par la fenêtre renvoie à l’idée d’une grande opulence doublée d’un caractère dépensier, tous deux relativement mal vus.

 

Dès 1762, le dictionnaire de l’Académie française indique « un homme ne jette rien, ne jette point son bien par les fenêtres ».

 

 

 

 

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