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Histoire des expressions françaises (volet 2/2)

« Faire des économies de bouts de chandelles », « jeter l’argent par les fenêtres », « payer en espèces » … Après un premier article consacré à l’origine de quelques expressions encore très vivaces, nous vous invitons à poursuivre notre étonnante promenade historique au cœur d’amusantes formules métaphoriques. Au programme : beaucoup de métaux précieux et quelques animaux savants.

 

Payer rubis sur l’ongle

Contrairement aux croyances populaires, le rubis évoqué à travers l’expression « payer rubis sur l’ongle » n’est pas une référence à la gemme précieuse d’un rouge profond mais à une goutte de vin. Au XVIIe siècle, lorsque l’on souhaitait honorer une personne très appréciée, il était d’usage de boire d’une traite une coupe de vin à sa santé. Précisément, la coutume exigeait qu’il ne reste qu’une goutte au fond de la coupe, que l’on déposait sur l’ongle afin de la lécher, en signe d’affection envers la personne ainsi honorée. La goutte de couleur grenat formait ainsi un « rubis sur l’ongle ». Au fil des années, le sens initial de la formule a évolué pour désigner aujourd’hui le fait de s’acquitter d’une dette en totalité, en une seule fois et sans délai.

 

Valoir son pesant d’or

Dès le XIIIe siècle, il est coutume d’évoquer la valeur que l’on attribue à quelqu’un cher à notre cœur de manière métaphorique en référence à son poids en or, métal précieux par excellence. Mais c’est bien plus tard, au XVIIIe siècle, que l’expression « valoir son pesant d’or » prend son sens à Byzance (aujourd’hui Istanbul), en Turquie, alors que la cité byzantine se distingue par sa richesse, son luxe, son opulence et qu’y circulent des pièces d’or dénommées « besant ». Ainsi, le « pesant » d’or serait à la fois une allusion au poids du métal précieux combinée à la déformation du terme « besant ». Si aujourd’hui la valeur de l’or se mesure toujours à l’aune de son poids et de son cours sur les marchés financiers, l’expression « valoir son pesant d’or » s’emploie indifféremment à destination des gens que des objets considérés comme précieux.

 

Monnaie de singe

La monnaie de singe est une métaphore employée pour qualifier quelqu’un cherchant à se dérober de ses engagements financiers à travers de belles paroles. En d’autres termes, elle désigne un « mauvais payeur ». Pour comprendre l’origine de cette expression, il faut remonter à la période de l’Antiquité. A l’époque, dans chaque cité était appliquée une taxe à quiconque voulait ou avait besoin de traverser un pont. A l’image de nos péages d’autoroute contemporains, un droit de passage permettait de rentabiliser la construction et l’entretien de ces structures architecturales onéreuses, symboles de la richesse de la cité. Au XVIIIe siècle, le roi Saint-Louis établit une taxe sur la traversée du Petit pont qui permet de rejoindre le parvis de la cathédrale Notre-Dame sur l’île de la Cité. Compte tenu du montant élevé de l’impôt, certaines dérogations sont mises en place, dont une accordée aux marchands d’animaux : ces derniers doivent faire faire un petit tour à leur animal pour être exonérés du règlement de la taxe. Le divertissement ainsi organisé des employés chargés de la collecte s’étend par la suite aux troubadours et chansonniers qui peuvent régler leur passage en exécutant à leur tour un numéro, qui, souvent, mime les mouvements d’un singe. C’est alors que naît l’expression « payer en monnaie de singe ».

 

Espèces sonnantes et trébuchantes

Comme souvent, l’expression « espèces sonnantes et trébuchantes » trouve son origine au Moyen-Age. Les espèces (dérivées du mot « épices » qui, du fait de leur caractère rare et précieux servaient alors de monnaie d’échange) désignent alors des pièces de monnaie. Ces dernières étaient façonnées en or ou en argent et leur valeur dépendait de la quantité de métal précieux nécessaire à leur fabrication. Pour vérifier qu’il s’agissait bien d’or pur et non de bronze, il était d’usage de laisser tomber la pièce sur une surface dure de manière à l’entendre « sonner ». Commerçants et banquiers à l’oreille fine reconnaissaient ainsi la pureté du métal utilisé. Pour affiner sa valeur précise, la pièce était ensuite pesée sur une balance à deux plateaux. Une espèce sonnante et trébuchante évoque ainsi une pièce dont le son et le poids attestent de sa valeur. Aujourd’hui, l’expression est parfois employée pour désigner tout simplement un paiement en pièces de monnaie.

 

Rouler sur l’or

Souvent employée sous la forme négative, l’expression « rouler sur l’or », ou plutôt « ne pas rouler sur l’or » exprime le fait que quelqu’un se trouve dans une situation financièrement modeste. Son origine remonterait probablement au XVIe siècle et serait une dérivation de la formule pronominale « se rouler sur l’or » qu’il est alors coutume d’employer. A l’instar de « se rouler dans l’herbe », l’image véhiculée s’apparente à celle d’une personne suffisamment aisée pour disposer d’un tas de pièces d’or dans lesquelles se tourner d’un côté et de l’autre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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